La courte défaite des Patriots de la Nouvelle-Angleterre aux mains de Seahawks de Seattle, dimanche soir dernier, aura sans doute surpris bien des amateurs de la NFL, et moi le premier! En toute franchise, je ne donnais pas cher de la peau des Pats face à Russell Wilson, un quart exceptionnel à bien des égards. Mais je dois bien me l’avouer : Cam Newton, envers qui j’ai toujours eu de sérieux doutes (surtout depuis sa déconfiture lors du cinquantième Super Bowl alors qu’il s’alignait avec les Panthers de la Caroline), a joué une excellente partie!

Tout près de la zone payante avec une poignée de secondes à écouler au match alors qu’ils tiraient de l’arrière par cinq points, Cam et les Pats avaient le W à portée de main… Après coup, et comme sans doute des centaines de milliers de fans, j’étais certes déçu du résultat, mais encouragé par la performance du numéro 1 des Pats : 30 en 44, 397 verges et un touché par la passe, en plus des 47 verges gagnées par la course et des deux touchés marqués au sol.

« Quand même pas mal… », me suis-je dit. C’est alors que j’ai réalisé que j’avais regardé cet affrontement du début à la fin avec des lunettes d’une autre ère, celle de l’ère Brady, ce qui explique sans doute ma retenue et mes doutes à l’égard de Cam Newton. Grossière erreur! Tom Brady est plus qu’un joueur, plus qu’une vedette, plus qu’une légende : il est ce que l’on appelle en sociologie une institution. Les institutions, qu’on peut aussi retrouver dans le monde des affaires, s’appuient entre autres sur leur légitimité pour exister et croître. Laissons à Mark Suchman le soin de définir cette légitimité : « La légitimité institutionnelle est définie comme “une perception ou une supposition généralisée que les actions d’une entité [Tom Brady] sont souhaitables, appropriées, ou appropriées dans un système de normes, de valeurs, de croyances et de définitions [l’excellence lors de l’ère Brady] socialement construits [par les attentes élevées des fans, notamment]. »[1]

Remplacez « Brady » par « les Canadiens de Montréal » dans ce qui précède, et nous observons le même phénomène d’institutionnalisation pour la Sainte-Flanelle. On peut mieux comprendre la pression sur les épaules de Marc Bergevin! 😉

Bref, j’ai sans doute mesuré inconsciemment, et c’est souvent le cas des institutions à qui on pardonne bien des choses (toujours pas de coupe Stanley à Montréal depuis 1993…), la performance de Cam Newton aux performances de Tom Brady, à une époque pas si lointaine où il était le général des Pats à l’offensive. Mea culpa!  Newton n’est pas Brady. Néanmoins, il apporte à sa nouvelle équipe certaines autres dimensions (entre autres la course, qui n’était pas le fort du futur hall of famer) qui en feront une équipe différente, voire peut-être même excitante, en cette saison 2020.

La morale de l’histoire? Les standards d’hier ne sont pas nécessairement ceux d’aujourd’hui ou de demain!

François Normandin, M. Sc. (Histoire), M.A.P., M.B.A. – Professionnel de recherche

[1] Traduction libre tirée de Suchman, M. C. (1995). Managing legitimacy: Strategic and Institutional Approaches. Academy of Management Review, 20(3), 571-610.